La deuxième ligne de défense, celle qui fait le ménage

Dans un article précédent (cf. La gardienne de la porte), la première ligne de défense face à une infection virale, la réponse innée, a été décrite. Malgré son efficacité incroyable et grâce à des stratégies virales qui neutralisent ou contournent cette défense, l’infection réussit parfois à s’établir et à proliférer.

Le nombre de cellules infectées augmente rapidement, produisant de plus en plus de virus, qui infectent de plus en plus de cellules. A ce stade, la deuxième ligne de défense se met en place, avec comme but d’éliminer toute trace d’infection. Alors que la réponse innée est dirigée contre l’intrus, quel qu’il soit, cette deuxième ligne de défense est dirigée contre une infection particulière, elle s’adapte progressivement à cibler spécifiquement le virus infectant. Cette ligne de défense se déroule essentiellement selon deux axes (les termes militaires sont ici adéquats) : neutraliser tous les virus produits et se débarrasser de toutes les cellules infectées.

Les acteurs de cette réponse sont essentiellement des lymphocytes, une catégorie de cellules produites par la moelle osseuse comprenant d’autres types cellulaires, comme les macrophages, les cellules NK (natural killers), cellules dendritiques etc., toutes impliquées dans les réponses de défense. Ces cellules forment un tissu « liquide », dans la mesure où elles sont à même de circuler dans tout l’organisme en empruntant les voies sanguines ou lymphatiques, même si, au repos, elles peuvent se cantonner dans des organes comme les ganglions ou les muqueuses, en attente d’une alerte déclenchée par la réponse innée comme on l’a vu (cf. La gardienne de la porte).

Revenons aux lymphocytes. On peut s’en sortir avec la description de trois types de cellules: les lymphocytes B, les lymphocytes T CD4 et les lymphocytes T CD8. Ces lymphocytes diffèrent essentiellement par le type de protéines qu’ils affichent à leur surface. Les lymphocytes T CD4 dirigent la manœuvre. Sous leur influence les lymphocytes B et T CD8 se « mettent en branle » (comme une troupe de soldats dans le matin blafard).

Les lymphocytes B, au repos, ont la propriété de produire à leur surface des reliquats d’anticorps, une énorme variété d’anticorps, prêts à fixer tout ce qui passe à leur portée. Soit un virus circulant dans le sang, parmi l’énorme variété de lymphocytes B, il en existe quelques-uns dont l’anticorps à la surface lie ce virus. C’est un signal. Ces lymphocytes B, sous le commandement des lymphocytes T CD4, sont dites activées et se mettent à se multiplier. Ils le font d’autant mieux que la liaison entre l’anticorps et le virus est plus forte. Cette reconnaissance anticorps-virus amène ainsi à la sélection et l’enrichissement de lymphocytes B spécifiques au virus. L’activation de ces lymphocytes B s’accompagne de la propriété de maintenant excréter les anticorps, qui vont circuler dans le sang et être à même de se fixer sur les virus qu’ils rencontrent. Un virus recouvert d’anticorps, ne peut plus infecter et représente une cible de choix pour les macrophages qui les englobent goulument et les digèrent. Exit les virus circulants.

Les lymphocytes T CD8, ont la propriété de reconnaitre et se fixer aux cellules qui exposent à leur surface des résidus de protéines virales. C’est en effet, une fonction de toute cellule de l’organisme de passer à la moulinette régulièrement les protéines qu’elle produit et d’en présenter des résidus à sa surface. Lorsqu’il s’agit de protéines cellulaires normales, rien ne se passe, car l’organisme a appris, lors de son développement, à reconnaître les cellules qui exposent des résidus de ses propres protéines. Lorsqu’il s’agit de résidus de protéines virales, cela signifie que la cellule est infectée. Dans cette situation, sous l’égide encore des T CD4, les T CD8 prolifèrent et reçoivent la mission de détruire ces cellules. Elles le font en sécrétant toute un batterie d’enzymes qui vont digérer les cellules infectées. Dans ce cas également, l’activation des T CD8 mène à un enrichissement de T CD8 les plus à même de reconnaître les cellules infectées, des T CD8 spécifiques à l’infection. Exit les cellules infectées.

Dans les deux cas, les lymphocytes B et les lymphocytes T CD8 sont sélectionnés pour reconnaître au mieux le virus infectant ou les cellules infectées. Il y a ici une spécificité qui demande au système de défense une adaptation. Voilà pourquoi on parle de réponse adaptative. La mise en place de cette réponse demande du temps, de cinq à dix jours, du moins la première fois où l’organisme est infecté. Cette réponse est ensuite mise en mémoire. Lorsque le même virus refait une infection, elle se met en place bien plus rapidement, en un à deux jours. Cette mise en mémoire est la base de la vaccination (cf. La vaccination). Il en est de même pour la mobilisation des lymphocytes T CD8 spécifiques.

La règle est donc, après infection et mise en place de la réponse immune adaptative, la résolution de cette infection et la disparition du virus. Bien sûr il y a des exceptions à la règle. Certains virus peuvent persister la vie durant (cf. Varicelle-zona, même combat, cf. La Maladie du baiser) et provoquer des symptômes des années après l’infection originelle (cf. Le VIH et Les virus des hépatites). Dans le cas de persistance virale à long terme, chez des personnes dont les défenses immunes sont fonctionnelles, le virus a toujours évolué une stratégie pour éviter ces défenses et/ou bloquer leur mise en action.