Le virus de l’encéphalite, réponse tac aux tiques..

Les balades en forêts reviennent timidement à l’ordre du jour. Pas de bêtes sauvages à craindre, quoique.. Une laie tatillonne entourée de sa théorie de marcassins peut bien nous faire quelques frayeurs.  Mais il y a plus insidieux. La minuscule tique au nom charmant de Ixodes persulcatus, assoiffée de sang, dont elle dépend pour son développement,  peut nous valoir bien des désagréments. Ce ne sont pas les microlitres qu’elle nous pompe qui vont nous manquer, mais la possibilité qu’elle nous transmette en se nourrissant divers agents infectieux comme ceux provoquant la borréliose de Lyme,  des rickettsioses ou une encéphalite dite « méningo-encéphalite verno-estivale » (MEVE). Alors que la borréliose ou les rickettsioses sont provoquées par des bactéries, le MEVE résulte de la transmission d’un virus, dit virus de l’encéphalite à tiques, en anglais TBEV (tick-borne encephalitis virus). Le TBEV appartient à la superfamille des Flaviviridae, dans laquelle on trouve, entre autres, les virus  responsables de la fièvre jaune, la fièvre du Nil occidental (cf. Les virus émergents), ou la dengue (tous les trois transmis par des moustiques) et le virus de l’hépatite C (HCV).  Alors que le HCV est un virus propre à l’humain, transmis directement entre humains par contamination avec du sang infecté (seringue, transfusion…mais pas par piqûre de moustiques), le TBEV  est un virus propre aux tiques. L’humain est un hôte « accidentel » et  « terminal » dans la mesure où il ne représente pas  une source de contamination pour d’autres humains ou pour de nouvelles tiques.

La transmission du TBEV par Ixodes ne se fait bien sûr que si cette dernière et elle-même infectée. Le virus est largement répandu au nord de la Chine et en Russie (Sibérie). Au cours du XXème siècle, il a progressivement migré vers l’Europe. En 1931, il a été formellement identifié en Autriche,  et durant la 2ème moitié du XXème siècle, il a contaminé les régions nord-est de la Suisse, s’étendant sur le Plateau, glissant sur le Jura pour atteindre finalement la région genevoise et son Salève.  Selon l’Office fédéral de la santé publique, « dans ces zones, env. 1 % (0,5 à 3 %) des tiques sont porteuses du virus » (cf.  OFSP,  Encéphalites à tiques).  Un document de l’OFSP permet de suivre en temps réel les déclarations d’infection (cf. OFSP, Déclarations des maladies infectieuses). Pour l’instant,  des tiques infectées par le TBEV n’ont pas été détectées au dessus de 1000 mètres d’altitude.

A peu près un tiers des personnes infectées par une tique porteuse de TBEV vont développer des symptômes. Ils apparaissent une a deux semaines après la morsure et peuvent se développer avec des degrés variables de gravité. D’une fièvre à 39°C durant jusqu’à 5 jours, suivie  d’une récupération complète sans signe d’invasion du système nerveux, à une méningite (50%) ou une méningoencéphalite (10%) dont un tiers est mortel. D’autres formes de maladies sont également décrites (Fields Virology, Vol I, pp. 764-765), dont une infection qui persiste des mois, voire des années après l’infection initiale.

Il n’existe à ce jour aucun médicament  efficace permettant de s’attaquer à l’infection virale. En revanche, il existe deux vaccin inactivés (cf. La Vaccination), disponibles en Suisse. « La vaccination est recommandée à tous les adultes et enfants (généralement à partir de six ans) habitant ou séjournant temporairement dans une région d’endémie » (OFSP). Le schéma de vaccination se déroule sur 6 mois avec trois doses administrées à 0, 1 et 6 mois (OFSP,  Prévention contre les tiques). Le même document fait mention d’une application « Tiques » disponible gratuitement sur App Store qui fait le tour de la question de prévention contre les tiques. L’application permet de savoir ce qu’il faut faire si l’on a été mordu par une tique, renseigne sur les endroits où les tiques se cachent, en donnant une carte détaillée de leur présence et de leur dangerosité (infectées ou non), et contient également une description du cycle de vie des tiques avec des photos au microscope à balayage, qui devraient nous rendre ces petites bêtes tout à fait familières.

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