La science a tué les dieux. Vive la science, sauf que…

Les dieux ont été inventés par les hommes écrasés par le poids de l’inconnu, de l’inexpliqué, de l’angoissant. Le jour, la nuit, l’immensité de la voute céleste, le tonnerre, les tempêtes, les volcans, il fallait bien prétendre que ces phénomènes fussent orchestrés par des êtres supérieurs, pour s’en affranchir tant soit peu, et qui sait, infléchir les conséquences parfois terribles de leurs actions. Rapidement, des petits malins ont prétendu pouvoir entrer en contact avec ces dieux, savoir comment calmer leur colère, mériter leur clémence ou au contraire susciter leur vengeance punitive.

Avec la compréhension des phénomènes et la connaissance de leurs causes, plus besoin de dieux. On pouvait imaginer dans le même mouvement, que les petits malins perdent également de leur pertinence et que l’organisation mise en place pour diffuser les volontés divines et surveiller leur bonne observance ne soient plus d’actualité. Il n’en est rien. C’est vrai qu’il reste le vertige de l’immensité de l’univers où l’homme doit admettre de devenir au fil du temps un infiniment rien, et le vertige de l’après vie où il doit admettre que ce rien disparaisse. Un détail, ce vertige, surtout qu’il se passe dans l’imaginaire, et qui a peur d’imaginer le vertige. Théorie que tout ça.

Revenons sur notre bonne vieille terre, ancrés dans la réalité, aux Pays Bas par exemple. Là, il y a encore un dieu, un dieu terrible, un dieu protestant. Un dieu protestant contre les conclusions de la science qui explique, preuves à l’appui comme il se doit, que le virus de la rougeole peut être contrôlé par la vaccination. Allez savoir pourquoi un dieu prend des positions aussi tranchées. Peut-être qu’il rechigne à admettre que son temps est passé ou qu’il met du temps à miser sur le vertige existentiel. Une fois, on ne comprenait pas les phénomènes, maintenant on ne comprend plus les dieux. Quoiqu’il en soit, ce dieu a conservé des petits malins qui se chargent de répandre sa volonté. Ce qui rajoute un élément de complexité, parce qu’on pourrait toujours dire que ce sont les petits malins qui ne l’ont pas bien compris ou qui veulent le mal comprendre. Ça, c’est le problème du dieu terrible. Ça ne nous gênerait pas plus que tant, qu’il ait un problème avec ses sbires. Sauf que sur notre bonne vieille terre, aux Pays Bas en 2013 par exemple, les conséquences d’un tel égarement sont réelles. Dans une région centrale qui va de l’ouest vers le Zélande, appelée la « ceinture biblique », habitent un nombre important de protestants conservateurs. Ces derniers sont, entre autres particularités, réfractaires à la vaccination, avec pour conséquence que le taux de vaccination anti-rougeole, est bien en dessous du pourcentage (>95%) nécessaire à empêcher la circulation du virus. Arrive, ce que la science a prévu qu’il arrive, la rougeole fait des épidémies parmi les jeunes adolescents non vaccinés avec des conséquences d’autant plus graves qu’ils ne sont plus des enfants en bas âge.

Fait intéressant, même s’il est attendu, le profil géographique des épidémies est directement superposable à celui de l’habitat des protestants conservateurs réfractaires à la vaccination (comparer la figure de droite avec celle de gauche). Ainsi, tout s’explique « scientifiquement ». Pourquoi diable avoir encore recours à un être supérieur pour calmer la peur des encéphalites. A moins que ce ne soient les petits malins qui ne veulent pas comprendre que leur dieu voudrait bien qu’on lui lâche la grappe, difficile de renoncer au privilège d’être prétendument connecté avec le très-haut.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, voir Faits et méfaits de la rougeole.